Dimanche 1 août 2010
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19:05
Visons qui se frôlent, les rouge à lèvres marquent le rebord des flûtes à champagne - les hommes tous épauletés pareillement, le carré de leurs lunettes, tout cela fraie, bruisse, se
pâme et converse tandis qu'une excitation certaine monte en ce lieu. Tous initiés, ils se savent, éclairés puisque présents - la première de l'Hamlet de Théodore Kassora,
qui sera probablement bien meilleur que celui de Shakespeare a-t'on déjà probablement gloussé ici et là.
La sonnerie interrompt les conversations et tous se dirigent, visons qui se heurtent et talons qui piétinent, vers la salle. On se précipite mais refuse d'avoir l'air de se presser, après
vous! fait la bouche tandis que le regard méprise. Certains se concentrent déjà sur ce qu'il leur faudra dire ensuite, une fois atteint l'entracte cette violence et en meme temps
tellement d'humanité, - et le doute, cher ami, ha, ce doute !!! de peur que le spectacle ne les ennuie au point qu'ils en oublient leur texte.
Derniers piétinements et batailles de territoire autour des sièges, derniers ajustements et tout le monde semble enfin prêt, alors que le spectacle a déjà commencé: les
acteurs confortablement installés sur la scène n'en ont pas perdu pas une miette
que, déjà, le rideau tombe.
Samedi 31 juillet 2010
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19:49
Or, mes rêves sont d'un tel ennui que je me demande régulièrement
Si je rêve parce que je m'endors,
Ou si je m'endors parce que je rêve.
Jeudi 28 janvier 2010
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17:02
Ces enfants savent à peine nager lorsqu'on les flanque à l'eau. Or,
l'affaire de quelques minutes,
et admirez déjà l'aisance avec laquelle ils flottent.
Dimanche 24 janvier 2010
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13:56
On reconnait un hiver rigoureux
A ce qu'il procède avec méthode.
Vendredi 4 décembre 2009
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07:00
Parbleu !
Je ne sais pas ce qu'on trouvera en contrebas de la rivière,
mais cela a l'air d'avoir terriblement effrayé ce banc de saumons !
Jeudi 3 décembre 2009
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07:00
Nous nous allongions, paisibles,
Rosy et moi,
Sur l'épais tapis du salon à l'heure du thé -
Main dans la main nous imaginions
Des formes aux nuages de lait
Qui passaient au dessus de nos têtes.
Mercredi 2 décembre 2009
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07:00
Tout - il savait tout, n'ignorait rien de sa future mère - le foetus
Et pour cause,
Qu'elle trimballait partout avec elle, non sans déplaisir,
Non sans le cogner dès et tant qu'elle le pouvait
Comme pour se venger par avance
De ce qu'il savait déjà de trop cependant,
Les mensonges, les coucheries et les infidélités de cette future mère
- aux premières loges depuis ses premiers mois,
il en avait appris de bien belles, malheureusement.
La belle aubaine, depuis sa cachette amniotique
D'être le réceptacle de tant de renseignements
C'était après tout en lui aussi le sang de sa mère,
Le goût des tromperies, des manipulations et des mensonges:
il préparait, avec délectation, un odieux chantage
Qu'il réservait pour le jour, où, une fois dehors, il saurait enfin parler
Parler à peine pour qu'elle le supplie de se taire -
Il lui faudrait donc avant tout se souvenir,
Les noms, les voix, les lieux, les détails, ne rien négliger
Se souvenir de tout ce qu'il aurait à dire
Une fois qu'il serait capable de parler.
Pour être sûr de ne rien négliger,
Il entreprit de faire un noeud dans l'encombrant cordon fiché dans son nombril
Pour chacune des choses à se remémorer.
Elle, au dessus, le sentit agir,
Le sentit qui tissait son chapelet de souvenirs
En serrait bien fort chacun des noeuds,
Puis de plus en plus faiblement,
Et puis plus rien finalement -
elle attendit de longues minutes alors,
d'être bien sûre avant d'appeler l'ambulance.
Mardi 1 décembre 2009
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07:00
-Et lorsque vous dites de mon client qu'il abat ses victimes de sang froid,
Ne faites vous pas vous-mêmes le constat de son irrépressible empathie ?
Vendredi 27 novembre 2009
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07:00
La véritable prouesse aurait été d'inventer la roue au beau milieu d'un monde plat - au soleil carré, à la lune rectangulaire, et aux arbres cubiques.
Seulement alors aurait-on pu sérieusement parler de prodige.
Mercredi 25 novembre 2009
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18:28
Il découpa le brouillard au couteau, en détacha un épais parpaing de brume.
Par la lucarne ainsi dégagée, on se pressa alors pour voir
La mine réjouie des passants sous le soleil radieux de l'autre côté.
Mercredi 25 novembre 2009
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07:00
Quelques passants réunis sur le trottoir se disputent avec véhémence - irréconciliables, ils ne parviennent pas à s'entendre sur une réponse commune à fournir aux agents de
police, qui s'enquièrent de savoir par laquelle des trois portes auxquelles ils font face le joueur de bonneteau vient de s'engouffrer.
Mardi 24 novembre 2009
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07:00
Une boule dans la gorge, depuis quelques temps,
particulièrement douloureuse au moment de parler.
Le docteur m'annonce la tumeur d'un air grave;
je l'embrasse, soulagé -
moi qui pensais être devenu timide !
Lundi 23 novembre 2009
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07:00
Méfions nous des préjugés :
j'ai connu des ornithologues au langage tout à fait châtié.
Dimanche 22 novembre 2009
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07:00
Elle était si petite qu'on la croyait lointaine -
et quelle surprise alors, dès qu'elle se mettait à parler !
Samedi 21 novembre 2009
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07:00
"Et rappelle toi que Mr Sichard vient dîner ce soir" - le message est anodin, la voix inquiète.
Puis il raccroche.
Inquiète à son tour, elle jette un oeil derrière elle; il est toujours là, à l'angle du banc de coin, son fils, gras et dégoutant, occupé à tremper sa grosse main - à la voir
ainsi, rose et gonflée, les quatres doigts boursouflés qui en pendent, elle pense à un pis, plutôt - son fils donc occupé à tremper le pis de sa main dans le pot de pâte à
tartiner, grognant de plaisir et d'anticipation, pour en têter ensuite chacune des goûteuses mamelles à grands coups de langue.
"Rappelle toi que Mr Sichard vient dîner ce soir".
Elle quitte la cuisine pour l'étage, s'enferme dans la chambre à coucher, s'assied sur le lit - s'assure une dernière fois qu'il ne l'a pas suivie, son fils, gras et dégoûtant, depuis le
rez-de-chaussée. Elle compose le numéro de sa voisine, Sabine DELCOURS- as tu besoin d'Anthony, ce soir ?/ 18h00 / parfait. Sa chère voisine Sabine et sa lucrative
entreprise - rien d'officiel, loue les différents membres de sa famille; loue son mari le temps de soirées ou de cocktails, loue son fils pour les fêtes d'anniversaire d'enfants
impopulaires, se loue elle-même à des hommes aux femmes trop inesthétiques pour qu'ils se risquent à les exhiber en repas d'affaires. Sabine Delcopurs, sa parfaite petite famille
moyenne, confondante et dès lors, convaincante, de banalité.
18h45 - elle enferme son fils gras et dégoûtant à double tour dans sa chambre. Elle se précipite vers le placard de l'entrée d'où elle tire une volumineuse boîte de carton marquée
Anthony - en ressort quelques cadres, des photos de famille hâtivement prises en compagnie du fils de la voisine- lui ni gras, ni dégoûtant, entre ses deux parents
d'emprunt, souriant à l'intention de l'objectif une rayonnante grimace de bonheur filial. Elle dispose rapidement les cadres ici et là dans la salle à manger - suspend le dernier dans le
couloir. Et peut enfin commencer à se concentrer sur le dîner.
20h00 - la sonnerie retentit - Anthony est là depuis une heure, parfaitement dans son rôle, parfaitement acclimaté; il se précipite pour ouvrir, saute au cou de son père d'emprunt. Elle arrive
derrière lui, un grand sourire qui articule "Mais entrez donc, Monsieur Sichard" - puis, à ses côtés, une femme qu'elle n'avait tout d'abord pas vue :
-Et vous devez être.....?
-Mme Sichard, évidemment. Enchantée.
Enchantée pareillement,
masquant sa surprise,
elle serre la main de Sabine, et l'invite à entrer.